Pourtant, loin de tirer les enseignements d’une telle politique, la Commission européenne s’apprête à proposer aux 27 États européens, dans le cadre d’une « nouvelle stratégie UE 2020 », qui sera présentée lors du sommet européen de mars prochain, un approfondissement de ces mêmes politiques néo-libérales de déréglementation du travail (flexibilité) et d’une plus grande concurrence au sein du marché unique, ce qui ne pourra qu’accentuer encore la pression pour poursuivre les privatisations dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie ou les transports et favoriser la transposition dans les différents pays de la directive sur la libéralisation des services.Tout comme dans la stratégie précédente, tout sera conditionné à la rigueur (austérité) budgétaire avec le strict maintien des objectifs du pacte de stabilité (3% de déficit du PIB et 60% de dette publique autorisés).

Aujourd’hui, la crise économique grecque sert de révélateur et de premier champ d’expérimentation de la Carte de l'Europemanière dont les gouvernements actuels de l’Union et les marchés financiers entendent exercer la gouvernance économique, non seulement de la zone euro, mais de toute l’Union.

La Grèce, comme tous les pays de l’UE, a été mise en demeure de colmater les effets de la crise financière due au renflouement massif des banques par les puissances publiques. 23 des 27 pays de l’UE ont présenté des déficits budgétaires qui dépassent largement les critères stipulés par le traité de Maastricht. Mais les marchés financiers ont continué à spéculer – cette fois-ci sur la dette de l’État grec – pour accroître leur pression et chantage sur les États afin qu’ils paient – à travers la saignée imposée à leurs peuples – l’addition d’une spéculation financière effrénée qui a conduit au krach de 2008.

Les financiers ont voulu tester la capacité de soutien des pays de la zone euro à la Grèce et plus probablement à tous les États qui se retrouveraient – pour les mêmes raisons – en difficulté économique, sachant bien que l’Europe actuelle est enfermée dans les règles de Maastricht qui interdisent toute mobilisation de fonds du système des banques centrales que dirige la BCE, pour venir en aide à un État de la zone euro. Loin de vouloir desserrer cet étau, les gouvernants de l’Europe se sont pliés aux objectifs de la finance et ont lancé un véritable ultimatum à la Grèce, dressant une liste vertigineuse de réformes à mettre en oeuvre toutes affaires cessantes et avec une surveillance très stricte de leur application.

Cela pourrait servir de feuille de route à l’Europe du capital, comme le laissent présager les plans de rigueur et l’accélération de la mise en oeuvre, dans toute l’Europe, de réformes structurelles comme celle des retraites ou du marché du travail; cela risque ainsi de générer une amplification de la crise économique, une nouvelle aggravation du chômage, de la pauvreté et l’asphyxie de toute croissance.

José Cordon
responsable Europe/Relations internationales PCF